Les formatrices du collectif D.I.R.E. (cf article du 11-07-2023, rubrique « autres ateliers ou stages »), organisent chaque année une journée particulière en lien avec les récits de vie. Elle est proposée aux participant(e)s des différentes volées qui ont suivi leur formation.

Le 10 juin 2023, nous avons eu l’occasion de découvrir le Mouvement ATD Quart Monde Suisse, mais aussi de rencontrer d’autres praticien(ne)s en récits de vie, certain(e)s regroupé(e)s en collectifs.

Cette année-ci, c’est plus particulièrement notre formatrice Hélène Cassignol, investie depuis plus de vingt ans dans le Mouvement ATD Quart Monde Suisse qui avait à cœur de nous faire découvrir cette organisation ainsi que son lieu principal dans notre pays, basé à Treyvaux, dans le canton de Fribourg.

ATD signifie « Agir Tous pour la Dignité ». Le Mouvement est une organisation non gouvernementale, sans affiliation religieuse ou politique qui veut mettre fin à l’extrême pauvreté en y associant les personnes qui la subissent.

« La misère n’est pas fatale. Elle est l’œuvre des Hommes et seuls les Hommes pourront la détruire ». Ce sont les paroles de Joseph Wresinki (1917-1988), le fondateur de ce Mouvement.

Ce monsieur était un prêtre dont le père était un exilé polonais venu en France en 1914. La famille était très pauvre et Joseph grandit dans la misère. Il parvint à être ordonné prêtre en 1946 et n’eut de cesse de soutenir les personnes les plus défavorisées. Dès 1956, il rejoignit une cité d’urgence qui ressemblait à un bidonville à Noisy-le-Grand en région parisienne. C’est de là qu’il fonda le Mouvement ATD Quart Monde et créa aussi le terme « quart-monde ». Il consacra toute son énergie et sa vie à faire reconnaître les personnes en quête de dignité et à prouver qu’elles devaient être impliquées comme les autres dans la société ainsi que dans les processus destinés à les soutenir. Il engagea un combat contre l’assistance et la charité qui, dit-il, « enfoncent les pauvres dans l’indignité ».

Le Mouvement est international (plus de 30 pays sur les cinq continents), et présent en Suisse depuis 1967. Son but est de bâtir un monde plus solidaire qui ne laisse personne de côté.

J’ai trouvé cette journée au centre ATD Quart Monde de Treyvaux particulièrement enrichissante. Beaucoup de belles rencontres avec les personnes qui s’occupent de ce lieu et aussi bien sûr avec les participant(e)s des anciennes volées de la formation sur les récits de vie.

Le matin, nous participons à des ateliers créatifs et visitons les lieux. Il s’agit d’une grande maison bien située, ancienne, rénovée, dans laquelle on se sent bien et où se trouvent des objets souvent construits ou créés par plusieurs personnes. Il y a des chambres et des dortoirs qui permettent de recevoir des personnes ou des familles qui trouvent ici un lieu convivial pour passer des moments de repos, de réflexion, de retrouvailles.

Après un délicieux repas en commun, nous rencontrons Eugen Brand, ancien délégué général du Mouvement qui a suivi Josep Wresinski dès les débuts. Eugen Brand est maintenant retraité.

Il nous explique les actions concrètes menées en Suisse par le Mouvement.

Dans notre pays, la pauvreté est cachée. Elle est considérée comme une tare, est incomprise et ignorée. Et cette forme d’incompréhension persiste dans la société. La conséquence de cela fait que les personnes en situation de pauvreté sont souvent dévalorisées. Elles doivent se battre au quotidien pour la reconnaissance, la justice, l’empathie et l’égalité. La pauvreté persiste souvent de génération en génération, des dysfonctionnements des institutions existent encore de nos jours.

Un rapport très intéressant sur un projet de recherche mené entre 2019 et 2023 par Le Mouvement et soutenu par la Confédération suisse explique bien la situation actuelle en Suisse.

Eugen Brand a écrit plusieurs ouvrages, citons ici « La dignité pour boussole » dans lequel il explique, entre autres, les divers aspects liés à l’engament du Mouvement pour aider les personnes.

Il nous explique que pouvoir écrire sa vie est un droit pour chacun(e). C’est une manière pour la personne, de « rentrer dans l’Histoire ».

La recherche de sens est essentielle, or elle est parfois difficile pour les personnes en situation de précarité. Ces gens ont besoin des autres, du lien humain, de la confiance, pour pouvoir sortir du silence. Cela prend du temps et ce n’est pas toujours facile car il ne faut pas basculer dans la manipulation.

Le combat du Mouvement a un enjeu culturel. Comment faire pour que chacun(e) puisse être lui-même ? Le défi de la rencontre, du partage et de l’échange est primordial.

Le Mouvement réfléchit beaucoup à comment organiser des actions qui ont du sens, qui contribueront à une situation de paix entre les gens, qui leur permettront de gagner en liberté.

Le Mouvement a développé dès les débuts un travail minutieux de monographies. Des volontaires écrivaient les récits de vie des personnes avec elles. C’était un travail de co-écriture.

« Le centre de mémoire et de recherche Joseph Wresinski à Baillet-en-France près de Paris collecte, classe et conserve un véritable patrimoine d’écrits, de photos, d’enregistrements sonores etc.. qui continuent de s’enrichir et constituent les source d’une histoire du refus de la misère et des combats pour l’éliminer ». (site www. joseph-wresinski.org). L’UNESCO a reconnu ce centre comme patrimoine de l’humanité.

Sur le plan international, le Mouvement compte environ 45o volontaires permanents (salariés) et un réseau de 250 000 personnes de tous horizons qui adhérent aux valeurs fondamentales d’ATD Quart Monde et à ses priorités d’action. (site www.atd.ch).

Il est bien sûr aussi possible de faire un don.

Je remercie chaleureusement Hélène Cassignol et les autres formatrices du collectif D.I.R.E. et Eugène Brand ainsi que toutes les personnes qui m’ont permis de découvrir ce Mouvement.

Francine